Toutes les recrues ont été bien accueillies par le reste de l’équipe, mais les vétérans se sont assurés de nous réserver quelques petites surprises.
Chaque matin, depuis le début du camp, le nom d’une ou deux recrues est pigé au hasard. L’heureux élu doit se lever devant tout le monde, dire d’où il vient, où il jouait l’an passé et ensuite chanter une chanson ou raconter une blague de son cru.
Heureusement, mon nom n’a pas été pigé durant la première journée. J’ai donc eu le temps de me préparer mentalement et de réfléchir un peu à ce que j’allais faire quand mon tour allait venir. Quand je me suis finalement retrouvé devant mon public, je leur ai dit que je ne savais pas chanter, mais que j’avais une bonne blague pour eux. J’ai alors raconté l’histoire du gars qui réussit à faire rire et pleurer le cheval d’un aubergiste pour avoir à boire gratuitement. Vous la connaissez? Je vais vous épargner les détails, mais je crois que ce fut un franc succès.
Comme je vous le disais, mon horaire de travail se termine à midi, ce qui me laisse le reste de la journée de congé. En général, je prends ça relax et j’en profite pour faire mes petites affaires. Cet après-midi (jeudi), par exemple, je dois aller m’occuper de la paperasse pour obtenir un permis de conduire valide dans l’État de l’Arizona. Puis demain, je passerai chez le concessionnaire pour chercher mon nouveau véhicule.
J’avais une voiture au Québec, mais ce sera la première fois que je m’achèterai vraiment celle que je veux, un Lincoln Navigator. J’ai toujours voulu un véhicule de ce genre. À ma grandeur, j’ai besoin d’espace et c’est parfait pour moi. Ce sera mon plus gros achat depuis que j’ai signé mon contrat l’été dernier.
J’habite à l’hôtel pour la durée du camp d’entraînement. Par une drôle de coïncidence, mon co-chambreur est un ancien joueur des Expos! Non, ce n’est pas Jose Vidro, ni Miguel Batista, mais plutôt Roy Corcoran, un releveur qui a reçu une invitation pour tenter de se tailler une place au sein de la formation. On a parlé un peu du Québec, de Montréal. Il m’a dit qu’il avait bien apprécié son séjour chez nous.
Lanceur extraordinaire, gars très terre à terre
Ce n’était pas encore officiel au moment de ma première chronique, mais Erik Bédard est maintenant un membre à part entière des Mariners.
Erik est arrivé en Arizona juste à temps pour le début du camp. Dès que je l’ai vu, je me suis avancé vers lui pour lui souhaiter la bienvenue. C’est drôle parce qu’il ne m’a même pas reconnu. Je n’étais pas certain s’il parlait français, donc je me suis présenté en anglais. Il a fait de même, mais je le voyais réfléchir. Au bout de trois ou quatre secondes, il me regarde et lance "Aumont!?!?". Il s’est mis à rire en me disant qu’il me croyait plus petit que ça et on a commencé à discuter en français.
Depuis ce temps, on a appris à se connaître et on a bien du plaisir ensemble. Chaque matin, on se lance la balle ensemble. De temps en temps, on s’appelle, on va casser la croûte.
Même s’il est l’un des meilleurs lanceurs des ligues majeures, Erik ne se prend vraiment pas pour un autre. C’est une personne très terre à terre qui est toujours là pour ses coéquipiers. Si j’ai une question, je ne suis pas gêné d’aller le voir pour la lui poser. Malheureusement, je n’ai pas encore eu la chance de le voir lancer. Je ne suis jamais à la bonne place au bon moment.
Un vrai zoo!
Lors de ma dernière chronique, je vous avais parlé d’Ichiro, à quel point j’avais été impressionné par sa façon de se comporter autour de ses coéquipiers quand j’avais eu la chance de visiter le vestiaire des Mariners l’an dernier.
Quand il est arrivé pour sa première journée au camp, ça avait l’air d’un zoo ici! Je ne sais pas s’il a fait exprès, mais il a été le dernier à sortir du vestiaire pour se présenter sur le terrain. Sans exagérer, je vous dirais qu’il y avait environ une vingtaine de cameramen et de photographes qui faisaient le pied de grue devant l’abri pour capter ses moindres gestes.
Si on cherche Ichiro, il n’est pas très difficile à trouver. On n'a qu’à fermer les yeux et suivre le bruit des kodaks! Lui et le receveur Kenji Johjima sont de loin les joueurs les plus populaires auprès des médias, mais ça n’a pas l’air de les déranger. Ils font leurs petites affaires et ne s’occupent pas d’eux.
Les matchs s’en viennent
Je ne connais pas tous les détails de mon horaire pour les prochains jours. Je sais que nous disputerons nos premiers matchs de la Ligue des Cactus le 28 février. Je m’attends à recevoir la balle dans ces rencontres, mais je ne sais pas quand et j’ignore si ce sera dans le rôle de partant ou de releveur. Après tout, la priorité va aux joueurs qu’on s’attend à avoir dans la formation de 40 joueurs au début de la saison.
Je pourrai vous en dire plus dans ma prochaine chronique…
Propos recueillis par Nicolas Landry
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La vie occupée d'un choix de 1ère ronde
Phillippe Aumont, jeudi 07 février 2008, RDS.ca
Bonjour à tous! C’est un réel plaisir pour moi de me joindre à l’équipe de collaborateurs du site RDS.ca. À la veille de mon premier camp d’entraînement avec les Mariners de Seattle, je tenterai de vous faire vivre, par l’entremise de mes chroniques, la vie d’un jeune espoir qui tente de gravir les échelons du baseball professionnel jusqu’au rêve ultime, les ligues majeures.
J’ai passé les dernières semaines en Arizona, au complexe d’entraînement des Mariners, qui m’ont repêché en première ronde au repêchage de juin dernier. Je participe présentement, avec une poignée d’autres joueurs de l’organisation, à un programme de remise en forme hivernal, question de se dérouiller un peu avant de passer aux choses sérieuses le 14 février.
Je n’ai pas arrêté une seconde depuis que j’ai signé mon premier contrat professionnel, en août. Il y a d’abord eu le camp d’instruction, en Arizona, une expérience d’environ un mois qui regroupait les 40 plus beaux espoirs des Mariners. J’ai ensuite accompagné l’équipe nationale senior du Canada en Australie, où nous sommes allés disputer quelques parties préparatoires en vue du championnat du monde qui s’est déroulé à Taïwan. J’avais déjà représenté mon pays au niveau junior, mais c’était la première fois que je faisais partie de la formation senior. C’était différent parce que j’étais le plus jeune du groupe, mais j’ai vraiment adoré l’expérience.
Je suis revenu au pays en novembre et je suis allé m’entraîner avec des amis à Buffalo. Je suis venu passer le temps des Fêtes dans ma famille et avec mes amis, mais après quelques semaines, j’étais reparti et depuis ce temps-là ça n’arrête plus! Le baseball est maintenant pour moi un travail à temps plein.
Évidemment, ma vie a changé de bien des façons depuis que j’ai été le premier Québécois repêché en première ronde dans l’histoire du baseball majeur. Certaines personnes se comportent un peu différemment avec moi. Je sens parfois qu’on tente de s’approcher de moi parce que je suis la soi-disant grosse vedette. Je peux comprendre cette réaction, mais je crois que je suis assez intelligent pour faire la différence entre un ami authentique et une personne qui veut simplement se faire voir avec une personne qui attire l’attention.
Je peux dire que je suis resté le même gars. Je ne cherche pas les projecteurs, je ne veux pas qu’on parle de moi et je ne changerai pas même si mon compte en banque a engraissé du jour au lendemain et que je suis devenu quelqu’un de "spécial" aux yeux de certains. J’apprécie toutes les bonnes choses qui m’arrivent, mais ce n’est pas ce qui va changer ma personnalité. Je suis toujours le même petit gars timide que j’ai toujours été.
Sur le terrain, je mentirais si je disais que je ne ressens pas une petite pression supplémentaire. Il faut que je montre ce que j’ai dans le corps, je tiens à prouver aux Mariners qu’ils ont réalisé un bon coup. Quand je fais une erreur ou qu’un exercice ne se déroule pas aussi bien qu’on aurait aimé, je vois les gens réagir autour de moi, mais j’essaie de ne pas trop m’en faire avec ça. Tout le monde peut avoir une mauvaise journée au bureau, même un choix de première ronde.
Je crois d’ailleurs que la capacité à gérer la pression est un des atouts que j’ai été capable d’acquérir depuis que je joue au baseball. Ce n’est pas d’hier que les attentes sont élevées à mon endroit, mais je crois avoir appris à bien composer avec tout ça. Je me concentre à faire les petites choses correctement et, habituellement, tout tombe en place par la suite.
J.J. Putz, un bon vivant
Je ne voudrais surtout pas donner l’impression de me plaindre. Il y a plusieurs bons côtés à être un espoir aussi bien coté au sein d’une organisation. Je ne demande aucun traitement de faveur, mais je profite de toutes les opportunités qui se présentent à moi et de toutes les chances qu’on veut bien me donner.
Par exemple, depuis que j’ai commencé à m’entraîner avec l’organisation des Mariners, on m’accorde toujours un peu plus de temps qu’aux autres. Que ce soit les entraîneurs, les responsables du conditionnement physique ou les thérapeutes, tout le monde me porte une attention particulière. Mon statut de choix de première ronde me donne également l’opportunité de participer à un premier vrai camp des ligues majeures. C’est rare pour un jeune de 19 ans.
J’ai eu l’occasion de visiter la ville de Seattle pendant une quinzaine de jours en août et en septembre. J’ai assisté à quelques parties, on m’a fait visiter le vestiaire de l’équipe et on m’a présenté à quelques joueurs et entraîneurs.
Celui qui m’a le plus impressionné, c’est Ichiro. Pas nécessairement parce que c’est la grosse vedette de l’équipe, mais par sa façon de se préparer physiquement et mentalement pour un match. C’est tout simplement incroyable! Le gars fait vraiment toutes les petites choses imaginables pour être le mieux préparé possible. Que ce soit dans sa façon de s’étirer, de se réchauffer, de manger, il n’oublie rien. Il se promène parmi les joueurs avec ses gros écouteurs sur les oreilles, il écoute sa musique. Il ne fait pas ça parce qu’il ne veut pas parler à personne, parce qu’il n’est pas un bon gars. Il veut simplement s’éloigner de tout ce qui pourrait venir le distraire. Quand on voit les résultats que ça donne, c’est difficile de questionner ses méthodes.
J’ai aussi serré la pince à Felix Hernandez, la jeune vedette montante de l’équipe, mais on s’est dit bonjour, sans plus. Celui avec qui j’ai le plus parlé, c’est le coloré stoppeur J.J. Putz.
Putz et le lanceur Mark Lowe sont au nombre des quelques joueurs des majeures qui sont avec nous présentement en Arizona. Ces deux joueurs démontrent une grande classe avec tous les nouveaux. On serait porté à croire qu’ils nous ignoreraient en raison du succès qu’ils ont connu, mais ce n’est pas du tout le cas. Ils viennent te voir, te saluent, te demandent comment tu vas. Ils te font sentir que tu peux faire partie de la gang même si tu es une recrue et que tu es plus jeune que tout le monde.
J.J. est un gars au sens de l’humour très développé. Même s’il est l’un des meilleurs releveurs du baseball majeur, il ne joue à la vedette avec personne. Comme vous le savez probablement, les Mariners sont sur le point d’acquérir le lanceur canadien Erik Bédard des Orioles de Baltimore. Si cette transaction finit par aboutir, elle impliquera sans aucun doute des joueurs des ligues mineures. L’autre matin, J.J. entre dans le vestiaire, regarde un jeune et lui dit : "T’es encore ici toi? On ne t’a pas encore échangé?" Tout le monde est parti à rire!
Parlant d’Erik Bedard, je suis bien heureux de savoir que son arrivée à Seattle est imminente, même si on ne risque pas de faire partie de la même rotation de partants demain matin. C’est le fun de savoir que j’aurai peut-être la chance de jouer avec un compatriote, ça t’aide à te sentir moins seul. Vous savez, il y a beaucoup d’Américains dans le monde du baseball et la plupart aiment bien taquiner les rares Canadiens. Comme en plus je suis un Québécois, vous pouvez vous imaginer que je ne suis pas épargné! Même si c’est pour rire, c’est toujours plaisant d’avoir quelqu’un en arrière de toi pour t’aider à leur donner la réplique!
Embarquer dans une routine
Les instructeurs des Mariners m’ont donné quelques points sur lesquels travailler durant la saison morte. L’un de ceux-là, c’est de me bâtir une routine d’entraînement à l’intérieur de laquelle je serai confortable et que je pourrai reprendre chaque jour.
Avant, mes journées n’étaient pas toujours structurées. Un bon matin, je pouvais arriver et m’étirer pour ensuite aller courir, faire de l’entraînement en gymnase et me délier les muscles en lançant quelques balles. Le lendemain, je faisais exactement la même chose, mais dans un ordre différent. C’est une habitude que je suis en train de changer.
Ça peut paraître anodin, mais on m’a donné ce conseil en me disant que ça m’aiderait si je connaissais un jour une léthargie. En ayant une routine, c’est plus facile de savoir ce qu’on fait différemment, de mettre le doigt sur le bobo et de régler le problème.
Je mets aussi beaucoup d’efforts dans la mécanique de mon changement de vitesse, un lancer que je ne maîtrise pas encore très bien. Avec ma rapide et ma courbe, pas de problème, mais j’ai plus de misère avec mon troisième lancer. C’est un aspect de mon jeu qui nécessitera beaucoup de pratique, mais du temps, j’en ai amplement avant de me rendre dans les majeures.
Pour l’instant, le plan est de me faire débuter l’année au Wisconsin dans la Midwest League, au niveau A. C’est bien, parce que je brûle les étapes de la ligue des recrues et de la ligue A de calibre plus faible. Par la suite, ma progression va dépendre des efforts que je mettrai au travail.
Le vrai camp d’entraînement débute donc le 14, dans quelques jours, et se terminera le 1er avril. Ça me rend un peu nerveux, parce que j’entends toutes sortes d’histoires à propos de cette expérience et je ne sais pas trop à quoi m’attendre. En tant que recrue, j’ai l’impression que je vais passer au bat!
Je me lance dans l’inconnu. Je pourrai vous en dire plus lorsqu’on se reparlera dans quelques semaines.
À bientôt!
*Propos recueillis par Nicolas Landry
Revue de presse publié par Jacques Lanciault, secrétaire général de la LBÉQ.