J'ai vraiment de la peine pour les gens de Mascouche. Éric Gagné était la grande idole de la municipalité. Une raison de grande fierté.
J'ai aussi de la peine pour mon confrère Martin Leclerc qui, encore mercredi soir à Radio-Canada, assurait avec calme que jamais Éric Gagné n'avait touché au dopage. Réaliser qu'on s'est fait mentir en pleine face par quelqu'un qu'on estimait et en qui on avait confiance est toujours frustrant.
Mais la peine s'arrête là. Éric Gagné a triché dans un monde de tricheurs. Quand on veut retirer des frappeurs dopés, il a dû se dire qu'il valait sans doute mieux être dopé soi-même. Ça ne l'excuse pas mais ça rend son comportement compréhensible.
Pendant des années, le baseball a été infesté par la dope. Stéroïdes et hormones de croissance. Les propriétaires ont laissé faire parce que c'était rentable. Et Éric Gagné s'est laissé tenter parce que ça lui permettrait de rester dans les majeures, d'y briller même et de rafler des millions au passage. Tout le monde le fait, fais-le donc.
Personnellement, je ne suis pas surpris. Pas du tout. J'ai eu l'occasion dans cette chronique de faire comprendre aux lecteurs ce que je pensais de la « propreté « d'Éric Gagné. Le changement physique d'Éric était trop marqué pour être le résultat d'une nouvelle recette de soupe aux pois. De plus, les blessures dont il a souffert sont généralement causées par l'abus de produits dopants. Les tendons et les ligaments ne tiennent pas le coup.
Je n'excuse pas Éric Gagné. Pas du tout. Mais je tente de l'expliquer, je tente de le comprendre. Rien ne dit que dans des circonstances similaires que je n'aurais pas fait comme lui. Marcher vers le monticule en entendant la clameur de 50 000 fans, se sentir fort comme un taureau, lancer des pois, être la plus grosse star de Los Angeles et gagner des millions, c'est une formidable tentation.
Doit-on suspendre Gagné ? En théorie, oui. Doit-on lui enlever son Cy Young ? Dans ce cas, il faudra l'enlever à Roger Clemens et s'assurer que ni Clemens, ni Barry Bonds, ni Dave Justice ne seront admis au Temple de la renommée. Sans parler des autres tricheurs comme Mark McGwire.
Chose certaine, le baseball doit maintenant faire le grand ménage. Même si les propriétaires se foutent éperdument que leurs mercenaires soient dopés jusqu'aux os. Le baseball doit se donner une virginité pour faire plaisir aux patrons des grands réseaux de télévision et aux madames du Midwest qui veulent que leurs petits gars soient bien nets.
Pour faire le grand ménage, il faudra que propriétaires et syndicat des joueurs se mettent d'accord. Il faudra également que les amateurs acceptent que les cogneurs ne pourront que très rarement passer le cap des 40 circuits dans une saison et que les lanceurs capables de franchir la limite des 95 milles à l'heure redeviendront une denrée extrêmement rare.
Et tant qu'à faire le ménage, pourquoi ne pas donner quelques conseils à Gary Bettman, qui tente de faire accroire que les joueurs de hockey lavent plus blanc que blanc ?
Quant à Éric Gagné, que celui qui est sans péché lui lance la première pierre.
C'est quand même dommage.
Revue de presse publiée par Jacques Lanciault, collaborateur au site Internet de la LBÉQ.