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Revue de presse : Éric Gagné fait partie des 87 joueurs cités

Marc Antoine Godin, La Presse, Le vendredi 14 décembre 2007


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Le lanceur Éric Gagné fait partie des 87 joueurs cités dans le rapport que le sénateur George Mitchell a rendu public, hier, concernant l'utilisation des drogues de performance dans le baseball majeur.

Des agents fédéraux ont saisi la copie d'un reçu postal d'une colis destiné à Éric Gagné et envoyé au Dodger Staduim, le 9 août 2004. Selon Kirk Radomski, ce colis renfermait des hormones de croissances. Photo PC

Le lanceur de 31 ans, qui a signé dimanche dernier un contrat d'un an évalué à 10 millions avec les Brewers de Milwaukee, se serait procuré des hormones de croissance en 2004 alors qu'il portait les couleurs des Dodgers de Los Angeles.

À cette époque, Gagné était le releveur le plus dominant du baseball.

Le Québécois aurait obtenu ces hormones par le biais de Kirk Radomski, un ancien préposé au vestiaire des Mets de New York et l'une des principales sources du rapport Mitchell.

Selon ce que décrit le rapport, c'est le receveur des Dodgers, Paul LoDuca, qui aurait établi le contact entre Gagné et Radomski, servant d'intermédiaire dans l'achat de produits dopants.

«Même s'il ne se rappelle plus du moment exact, Radomski se souvient que LoDuca l'a appelé et lui a dit que Gagné était à ses côtés et qu'il voulait acheter des hormones de croissance «, peut-on lire dans le document. Gagné a ensuite pris le téléphone et demandé à Radomski comment retirer l'air d'une seringue.

«C'est la seule fois où Radomski a parlé à Gagné. Radomski a dit que LoDuca a ensuite passé des commandes au nom de Gagné.»

Le rapport Mitchell donne également des preuves de paiements de 3200$ effectués par LoDuca et Gagné.

À l'instar de la quasi-totalité des joueurs éclaboussés dans le rapport, Gagné a refusé de rencontrer le sénateur Mitchell pour fournir des éclaircissements.

Et il ne nous a pas rappelés non plus.

Les bruits couraient
Le rapport Mitchell avance que Gagné a acheté des hormones de croissance en 2004, mais les soupçons de dopage avaient commencé bien avant.

Des sources nous ont confié qu'une rumeur s'était répandue dans les milieux du baseball québécois, il y a quelques années, selon laquelle Gagné avait suivi un entraînement intensif au Pro-Gym, un gymnase ayant des liens avec les Hells Angels où les stéroïdes circulent abondamment.

C'était tout juste avant que Gagné ne prenne la pôle comme releveur numéro un des Dodgers, en 2002.

«On l'a vu élargir à un moment donné, se souvient le commentateur Jacques Doucet. À une certaine époque, il menaçait de perdre son poste de cinquième partant avec les Dodgers. Mais quand ils l'ont essayé en relève, il est devenu intouchable.»

Selon une note interne des Dodgers, la direction avait des soupçons dès 2003.

«Il prend probablement des médicaments, et ses tendons et ligaments ne se développent pas, seuls ses muscles grossissent», mentionne le rapport.

Gagné a récolté en 2003 le trophée Cy Young de la Ligue nationale remis au meilleur lanceur du circuit. Avec 55 sauvetages et une moyenne de 1,20, il a connu cette année-là la meilleure saison de l'histoire pour un releveur.

Sa domination s'est poursuivie l'année suivante alors qu'il a établi un record en protégeant 84 victoires sans commettre de sabotage.

Mais par la suite, le train a déraillé. En 2005, des recruteurs ont confié à la revue Baseball America que la rapide de Gagné avait perdu près de sept milles à l'heure.

Cette année-là, il n'a lancé que 13 manches avant que les blessures ne viennent ralentir sa carrière.

«Il ne faut pas être dupe, affirme l'ancien analyste des Expos Marc Griffin. Certains joueurs prennent rapidement de la masse musculaire, ils ont des performances, puis les blessures s'ensuivent. C'est le profil habituel.»

"Les stéroïdes sont LE problème"
Gagné a terminé la dernière campagne à Boston après que les Red Sox l'eurent acquis des Rangers du Texas.

Les Red Sox avaient pourtant été refroidis, l'an passé, alors qu'ils songeaient à l'embaucher. Le rapport Mitchell révèle un échange de courriels entre le directeur général des Sox, Theo Epstein, et le recruteur Mark Delpiano.

"Avez-vous fait des recherches sur Gagné? demandait Epstein le 1er novembre 2006. Je sais que les Dodgers pensent qu'il prenait des stéroïdes. Peut-être. Que pensez-vous de son dossier médical?"

"On a fait des recherches et les stéroïdes sont LE problème, a répondu Delpiano dans un style télégraphique. Il a un lourd passé médical tout au long de sa carrière, depuis les rangs mineurs. Il lui manque la détermination de rester en santé et de pendre soin de son corps.

"Ce qui a fait de lui un releveur si tenace, c'est un effort maximal ainsi que son "stuff" (NDLR. dans ce contexte, impossible de dire si stuff réfère aux stéroïdes ou à l'arsenal de lancers de Gagné). Son attitude, sans la qualité de son arsenal et sans l'aide de stéroïdes, font de lui un gros risque en termes de résistance et de récupération. Personnellement, je crois que la durabilité - ou le manque de durabilité - va suivre Gagné..."

Et son trophée?
La crédibilité du rapport Mitchell sera attaquée parce qu'il a été alimenté par des personnes qui sont elles-mêmes en examen.

"Des joueurs sont salis, et par qui? Par un bandit qui a été condamné", a indiqué l'agent de Gagné, Scott Boras, au Milwaukee Journal Sentinel.

"Éric Gagné a passé tous les tests de dépistage qu'on lui a présentés. En ce qui concerne toute forme de sanction, il faut dire que la preuve présentée ici est complètement inadmissible."

Mais que risque vraiment Gagné?

"Les sanctions seront imposées au cas par cas, a annoncé le commissaire du baseball Bud Selig. J'étudierai le rapport en profondeur et nous prendrons les mesures nécessaires en temps opportun."

Le DG des Brewers de Milwaukee, Doug Melvin, n'entend pas imposer de sanction à Gagné ou tenter d'annuler le contrat.

"Même si nous avons été déçus de voir le nom d'Éric dans le rapport, c'était il y a quatre ans, a indiqué Melvin. À ce moment-là, les hormones de croissance n'étaient pas interdites par le baseball majeur."

Il ne faut pas s'attendre que l'as releveur soit privé de son trophée Cy Young demain matin.

"Le syndicat des joueurs est tellement fort que les joueurs vont s'en tirer avec une petite tape sur les doigts", croit le lanceur québécois Steve Green.

"Je doute que des joueurs se fassent suspendre. Mais leurs MVP, leurs trophées Cy Young, ils vont les garder. "

Revue de presse publiée par Jacques Lanciault, collaborateur au site Internet de la LBÉQ.